Trek chien de traîneau au Canada

Chien de traîneau

Chien de traîneau

Comment vit-on une expédition en chien de traîneau par -23°c? A quoi ressemblent les paysages grandioses du Canada sous la neige? Me voilà à la tête d’un traîneau tiré par 6 chiens le temps d’une expédition proche de South River, dans le nord de l’Ontario.

L’arrivée au centre Chocpaw expeditions

– Toc Toc
– Come in guys…

Simon et moi franchissons le seuil du centre de Chocpaw expedition, les chaussures pleines de neige pour nous retrouver au milieu d’un groupe d’une trentaine de paires d’yeux fixés sur nous. Apparemment, nous sommes un peu en retard et les deux “frenchies” du groupe se font déjà remarquer…

Comment harnacher un husky

Comment harnacher un husky

Vanessa notre guide “musher” commence la journée par une petite formation pratique sur le pilotage de traîneau. A priori, on ne devrait pas avoir besoin d’être sorti de Saint-Cyr pour piloter cette formule 1 des neiges…d’ailleurs comment fait le Père Noel? De mes souvenirs d’enfants, je ne crois pas l’avoir vu passer son permis T.

Après une bonne heure de présentation, je crois que c’était tout de même indispensable. Il va falloir gérer les freins, l’orientation du traîneau, la vitesse et toujours avoir en tête la sécurité de toute l’équipe: Simon, moi et les 6 chiens.

Nous connaissons aussi par coeur les commandes vocales de notre 6cv, entendez par là, notre “6 chiens fiscaux”.

  • Démarrer: Ready, let’s go
  • S’arrêter: Ohhhh (ca marche aussi pour les chevaux!)
  • Tourner à droite: G (prononcez d’Ji)
  • Tourner à gauche: A (prononcez ahhh)
  • Intervenir sur une situation délicate : No

Avant de quitter le centre, nous récupérons chacun une paire de boots -35c, un sac de couchage blindé pour affronter le froid polaire puis nous partons vers le chenil afin de faire la rencontre avec notre équipe de Huskys. En arrivant sur place, nous découvrons une immense étendue avec 390 niches couvertes par les aboiements de leurs occupants.

Chenil Chocpaw expedition

Chenil Chocpaw expedition

La rencontre avec notre équipe de Huskys

Notre traîneau sera tiré par 6 chiens: Caramel, Bubba, Jib, Bower, Lucky et Paige.

Equipe de huskys

Notre équipe de huskys

Il faut les trouver au milieu des niches mais ils se ressemblent tous. Quelle galère! Pour les ramener au traîneau, il faut les traîner par le collier. Pour le premier chien, j’ai eu peur de le blesser mais apparemment ils sont habitués et n’attendent qu’une chose, avoir leur harnais autour du cou et partir pour les grands espaces.

Nous harnachons les chiens au traîneau suivant leur positions et aptitudes.
Les leaders, Lucky et Paige, situés en tête, sont des chiens disciplinés, réactifs et capables de suivre les indications du musher à la lettre.
Les points, Jib et Bower situés au milieu, n’ont pas de dispositions particulières mis à part bien cohabiter avec les autres et suivre les leaders.
Les Wheels, Caramel et Bubba, situés directement devant le traîneau sont plus forts physiquement car ce sont eux qui fournissent le plus d’effort pour tracter.

Notre traîneau est fin prêt, Simon les deux pieds sur les freins prend les commandes et moi, je m’installe à l’avant du traîneau. Les chiens sont prêts à bondir hors des starting-blocks, leurs aboiements nous font comprendre qu’il est temps de partir…

Prêt pour le départ?

“Ready. Let’s go…”, le traîneau décolle en une fraction de seconde…waouhhhh! Trop bon cette sensation de glisser sur la neige. C’est parti pour 4h de trajet.

départ chien de traîneau

Top départ!

Le vent ne tarde pas à me glacer le visage malgré trois couches de vêtements. Nous traversons rapidement un premier lac gelé entouré de forêt. Cette étendue de glace à perte de vue, c’est juste grandiose. Ce qui m’impressionne le plus au Canada, c’est la façon dont le paysage change en fonction des saisons. L’été, le bleu des lacs contraste avec le vert des forêts. En automne, les arbres se vêtissent d’un robe colorée allant du vert au rouge en passant par toutes les nuances de jaune possible. En hiver, les couleurs laissent la place à un épais manteau de neige blanc pur.

Posé à l’avant, je me laisse bercer par le bruit feutré du traîneau glissant sur la neige, le regard fixé sur le paysage. Je m’offre un petit moment d’évasion jusqu’à notre première montée. Fini de rêvasser, Simon et moi, sautons du traîneau pour pousser celui-ci et soulager les chiens de notre poids. Courir avec des boots comparables à des chaussures d’astronaute dans 50 centimètres de poudreuse, c’est vraiment sportif.

Traversée d'un lac gelé

Traversée d’un lac gelé

Je reste aux côtés des huskys pour les encourager avant d’atteindre le sommet de la côte. Alors que je cours encore à côté du traîneau, celui-ci reprend rapidement de la vitesse, j’ai juste le temps de me jeter dessus dans une position acrobatique!

A mi-chemin, nous quittons de larges pistes pour des chemins de la largeur de notre 6cv. Slac, slac, les branches nous fouettent le visage. Cela ajoute de l’adrénaline à l’expérience et nous réserve de belles rigolades surtout quand j’ai disparu sous un mètre de neige en trébuchant à l’écart du chemin! J’en rigole encore en écrivant ces lignes…

Sur la majorité du parcours nous enchaînons des montées et des descentes où il faut accompagner les chiens dans l’effort et gérer la trajectoire du traîneau à l’aide des freins. Simon et moi inversons les rôles de temps à autre pour nous reposer ou éviter de geler en restant inactif en tant que passager.

Une nuit en pleine nature

Repos des chiens au camp

Repos après la journée

Une petite neige s’est mise à tomber quand nous arrivons au campement après 4 heures de glisse. Nous déharnachons les chiens qui sont épuisés. Les aboiements ont laissé place au calme. Ils ne tardent pas à s’enrouler comme de petits chats pour s’endormir rapidement. Je commence vraiment à m’attacher à ces petites bêtes. Je ne suis habituellement pas très affectif avec les chiens mais partager cette aventure avec eux et les voir tracter le traîneau sans rechigner attendrit mon coeur de voyageur…

Pendant cette sieste, nous allons chercher de l’eau pour préparer le repas. J’interroge un peu naïvement ma guide musher.

– Vanessa, où est le robinet? Dans un éclat de rire, elle me répond.
– Cyril , tu es au fin fond du Canada ici…il n’y a pas d’eau courante. on va boire l’eau du lac.
– Quoi? C’est possible ça?
– Oui, il faut juste la faire bouillir avant de la boire.

Boire l'eau d'un lac gelé

Boire l’eau d’un lac gelé

En contrebas du campement, nous découvrons un immense lac gelé (white lake) dans lequel nous creusons un trou dans 40cm de glace pour remplir nos seaux d’eau. Je trouve ça extraordinaire de pouvoir profiter gratuitement de la nature. Dans nos vies de citadins modernes, plutôt habitués à acheter de l’eau en bouteille, on en vient à oublier que cela est encore possible.

Pendant que Vanessa s’occupe de faire bouillir l’eau, nous allons couper du bois mort pour allumer un feu de camp. Il ne manque plus que la chemise à carreau rouge pour faire de nous de parfaits bûcherons! Nous divisons le groupe en deux et lançons le défi à l’équipe qui ramènera le plus de bois. L’aventure prend l’allure d’une vraie colonie de vacance et je ne tarde pas à faire le mariole comme d’habitude…

Notre équipe remporte le défi haut la main et aussi le droit de couper les grosses branches en bûchettes pour alimenter les poêles à bois installés dans les tentes et le feu de camp.

Couper du bois pour le feu de camp

Couper du bois pour le feu de camp

Avant de manger, je m’isole un peu avec les huskys. Certains sont tremblants de froid et je me laisse amadouer par leur regards. Nous sommes une vraie équipe maintenant. Je leur dois bien un peu d’attention après tous leurs efforts. Ils m’impressionnent vraiment par leur courage et leur robustesse. Je ne sais pas comment ils peuvent dormir dehors avec -23c.

La nuit est maintenant tombée sur le camp l’enveloppant de silence. Les étoiles se dessinent peu à peu sur la toile galactique. Il est temps que je rejoigne les autres dans la tente principale pour manger. Bonne nuit les chiens!

Ce soir au menu, nous avons du steak accompagné de maïs et de pommes de terre au gravy ( jus de viande). Ca remplit bien avec ce froid. Pour le dessert, nous avons le droit à un Carré Nanaïmo, un gâteau ultra calorique au beurre, vanille et chocolat.

husky

husky

La soirée se termine autour des flammes dansantes du feu de bois et de la fumée qui me brûle les yeux au moindre coup de vent…je crois bien que je suis aveugle les amis.

Gentiment, deux québécoises, nous offre un petit verre de Whisky d’érable. Je n’avais jamais goûté, c’est très liquoreux et sucré. Je suis refais! Enfin, pas pour très longtemps, à force de trop parler je me vois obligé de relever un défi à la canadienne. Le baptème du snow angel…euh, c’est quoi votre truc? Ca me rassure pas votre affaire!

Finalement, rien de terrible, faut juste se jeter sur le dos dans la neige et agiter les bras et les pieds de haut en bas. Sur le moment, j’avais pas trop compris le principe mais en me relevant…Effectivement, j’avais dessiné un bel ange dans la neige! Au moins, Il restera un peu de moi sur ce lac gelé!

 

Le retour

Tente

Tente

6h30 du matin, les chiens sont déjà réveillés et aboient tous. N’étant pas du matin, mon corps ne demande qu’à rester emmitouflé dans mon sac de couchage. La nuit a été rude, un coup chaud, un coup froid, j’ai le nez explosé. Laissez-moi 5 petites minutes, le temps de remettre mon cerveau sur marche.

Muffins, bacon et oeuf avalés pour le petit déjeuner, nous préparons les traîneaux pour le retour. Les chiens sont complètement excités. Il ne sont définitivement pas faits pour rester attachés.

Simon prend à nouveau les commandes, je me pose avec ma caméra à l’avant du traîneau et boom, départ canon comme dans le space mountain. Pour le retour, nous prenons un chemin un peu plus sportif. Les sensations sont vraiment grisantes.

Cyril sur le traîneau

Sur le traîneau

Les descentes sont tellement pentues que nous manquons de peu l’accident. Impossible de freiner le traîneau, les chiens lancés à fond enchaînent le virage. Le traîneau se déporte, la neige me gicle à la figure, je revois ma vie défiler au ralenti comme dans les films. Ca y est, c’est la fin les amis! Le traîneau grimpe sur le bord du chemin, le temps s’arrête, je ferme les yeux…et…l’arbre passe tout près. Pouahhh! C’était trop bon!

Remis de nos émotions, le bivouac continue tranquillement sa route à travers lacs et forêts. Je m’abandonne, allongé sur le paquetage, les yeux tournés vers le ciel bleu, je profite de ces derniers instants avant le retour. Le cliquetis des colliers, la respiration saccadée des chiens, leurs pâtes frappant la poudreuse, la neige craquant sous le traîneau, j’essaye de graver chaque détail, chaque son, chaque image dans un coin de ma mémoire…pour ne jamais oublier que je viens de réaliser un rêve d’enfant…

Et vous, rêvez-vous d’un trek en chien de traîneau?

 

Informations pratiques:

Chocpaw Expeditions :
Site internet: www.chocpaw.com
Adresse: 1 Industrial Park Road, South River, Ontario, Canada (3 heures de route au nord de Toronto)

Tarifs pour un trek 2 jours – Algonquin park : 450$
La nourriture, les tentes, le matériel pour le traîneau, l’accompagnement par des guides expérimentés sont inclus dans le prix.

Vous devez être équipé pour des températures de -30°c sinon vous pouvez louer sur place:
– Sac de couchage(weekend) : 30$
– Paire de boots: (par jour) : 15$

Où dormir pour pas cher?

J’ai passé la nuit au Tulip inn situé à Huntsville (35min de route au sud).  En venant de Toronto, cela permet de couper le trajet pour vous reposer. Vous pouvez trouver un chambre (2 personnes) pour 55$. La chambre était propre et de qualité.

Site Internet: http://www.tulipinn.ca/
Adresse: 211 Arrowhead Park Road, RR #3, Huntsville, Ontario, P1H 2J4 Canada

Pour toute autre information n’hésitez pas à me demander en laissant un commentaire ci-dessous.

A propos de l'auteur

Cyril howimettheworldJe suis Cyril, l'auteur du blog : howimettheworld.com. J'y partage mes aventures autour du monde à travers mes chansons, articles et vidéos. Tu trouveras aussi tous mes conseils pour voyager moins cher, plus proches des autres et de la planète.Voir tous les articles de Cyril howimettheworld →

  1. EmilieEmilie04-02-2014

    Ca m’a fait rêver ton article.

    J’adore vraiment comment tu écris Cyril, on se croirait sur le traîneau avec toi. J’espère pouvoir un jour venir au Canada réaliser ce rêve que j’ai moi aussi depuis toute petite. Ca devait être magique de passer la nuit avec les chiens et puis toute cette nature sauvage! Qu’est ce que c’est beau. J’en suis presque jalouse…

    Pressé de lire tes autres articles. Ca donne vraiment envie.
    Emilie

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